Xathos Maître Erudit


  Age : 28 Inscrit le : 21 Mai 2005 Messages : 1310 Localisation : Quelque part sur le Vieux Monde Emploi : Dilettante Loisirs : Manipuler, intriguer, comploter Feuille de personnage Nom: Race: Expérience:
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| Sujet: L'écomusée des mines naines Lun 1 Aoû - 12:24 | |
| L’âge de la retraite venu, il est de coutume chez les nains de la galaxie de partir en croisière. Ce voyage bien mérité après une vie de travail passée le plus souvent au service des Ateliers Stellaires passe presque toujours par Smarakandar, la « planète mère ».
A partir de Smarakandar, aujourd'hui sanctuaire touristique, les nains de l'Antiquité lancèrent leurs premières colonisations galactiques. On y vient désormais de très loin pour admirer les donjons et les forges datant de l'âge pré-énergie ; tout séjour s'achevant par une visite des illustres mines de Dar Ragaskar, les "cavernes généreuses". Après un survol des carrières et des terrils érodés aux formes ondulées, la navette se pose près d'une falaise percée de nombreux habitats troglodytes. Trente nains vêtus de tuniques synthétiques multicolores et arborant fièrement des vidéoblocs dernier cri descendent de l'engin et se dirigent vers l'entrée de la mine-musée. Un guide habillé à la mode antique (bottes de fourrure, cotte de maille, cape de laine et casque) encadre le groupe. Tendons l'oreille et suivons les commentaires avisés de ce nain qu'on jurerait sorti de l'âge des légendes…
L’âge du métal "Si aujourd'hui, nous autres nains, avons colonisé l'espace et dominé d'autres peuples, si aujourd'hui nous utilisons esclaves et robots pour accomplir les pires tâches, si aujourd'hui nous nous réservons les fonctions les plus gratifiantes comme le pilotage en hyperespace, il n'en fut pas toujours ainsi. Il y a douze mille ans, ici même, les premiers nains devaient non seulement se battre contre les autres peuples et les monstres, mais aussi affronter les cavernes. Aucun adversaire n'était pire que les entrailles de la montagne. Si tant de nos pères sont morts de froid, d'épuisement ou de peur dans les grottes et les galeries, c'est que le jeu en valait la peine. Sous cette roche se cachait la base de ce qui allait devenir notre brillante civilisation : minéraux et métaux. Mais veuillez vous donner la peine de passer le portique. Voilà... Nous sommes ici dans le premier hall troglodyte, la « nef », vestibule de la montagne ! C'est l'unique accès vers l'extérieur, d'où partaient les convois de minerais raffinés et où arrivaient les caravanes de travailleurs, volontaires ou non. Sous cette voûte de cent mètres de haut, éclairée par des fenêtres à vitraux percées dans la falaise, pouvaient stationner cent chariots attelés. Des trois portes qui s'ouvrent au fond de !a nef, une donnait vers les couches supérieures et les zones d'habitation, les corons troglodytes, la porte du centre s'ouvrait vers les locaux militaires et administratifs du rez-de-falaise ; le dernier guichet, le plus important, permettait d'accéder aux mines proprement dites. Nous allons suivre le chemin parcouru pendant des siècles par des milliers de courageux mineurs. Veuillez me suivre !
Architecture des galeries Pendant que nous allons prendre l'ascenseur je vais vous raconter la façon dont nos ancêtres expliquaient la présence de tant de gemmes et de métaux sous cette montagne. D'après la Geste de Gallariond il se déroula ici, bien avant l'arrivée des nains, un combat entre deux géants. Leur affrontement dura dix ans, à la fin tous deux moururent sous l'effondrement de la montagne qu'ils avaient trop ébranlée de leurs estocs. Leurs corps ensevelis pourrirent, disparurent, mais leurs bijoux, leurs armes et leurs armures restèrent dans leur gangue de pierre... Voilà comment les anciens justifiaient la présence de tant de ressources minières ici même. En gros, ils se considéraient comme des explorateurs de cadavres… S'il y a des personnes claustrophobes, qu'elles se rassurent, cette partie de la visite est accessible à tous. Nous sommes ici dans une réplique à l'échelle d'une galerie située normalement cent mètres sous nos pieds. À l'origine les galeries n'étaient que le prolongement de cavernes naturelles, mais peu à peu nos ancêtres ont mis en place un système très perfectionné de forage. Les murs sont soutenus par des étayages en forme d'ogive. Ces poutres arquées, ce sont des défenses de mammouth. On les importait à grand frais de la steppe, maïs on faisait aussi venir de la mer des os de baleine, plus gros, pour les galeries centrales. Au plafond, à la croisée des étais - la clé de voûte - on remarque une barre de métal, grais¬sée à la couenne de troll. Il s'agit d'un rail, là où étaient suspendus et où glissaient les sièges, les wagons et les paniers. Les mono sièges étaient des petites nacelles portées par une tige qui permettaient à un nain de glisser par gravité dans les galeries dans le sens de la pente. Les wagons, eux aussi suspendus au rail du plafond, étaient mus par une corde passée dans le rail et relayée par des poulies. Par la force des nains, des bêtes ou d'une roue à aube, on pouvait faire coulisser tout le réseau de câbles et ainsi faire circuler du bas vers le haut les wagons de minerai ou de gravats. Imaginez la complexité du maillage de ces cordes et de ces rails qui permettaient de remonter les paniers en les menant à l'un des dix-huit ascenseurs à contrepoids. Il faut bien comprendre que le principal intérêt du rail de plafond n'est pas le gain d'énergie : il est très coûteux de faire fonctionner correctement les cordes et les poulies. Le principal atout du système, c'est de libérer le sol, de le dégager complètement. Avec des couloirs d'un peu moins de deux mètres de haut et des nacelles d'osier suspendues à un peu plus d'un mètre, il reste presque quatre-vingts centimètres libres sur le sol des galeries. Les enfants de nos ancêtres pouvaient y courir pour porter les messages ou les repas. On pouvait aussi utiliser le sol pour stocker des étais, des outils, des bacs de minerai.
Une entreprise moderne Nous arrivons maintenant au Hall des Corporations. À votre gauche, les panneaux de bronze où on gravait les noms des "héros", mineurs les plus productifs ou morts au travail... C'était souvent les mêmes. Chaque année on élisait le meilleur représentant de chaque corporation. Il y avait le roi des piqueurs (meilleur manieur de pioche), le maître des étais (meilleur installateur de poutrelles), le galibot en chef (convoyeur de minerai le plus rapide)... Chaque champion dirigeait son équipe pendant une année, voire plus. Ces trois catégories de personnel étaient encadrées par deux corporations spécialisées, les Ingénieux et les Chemineux. Les ingénieux avaient pour mission le contrôle des installations. Peu nombreux ils étaient toujours débordés, toujours appelés ici ou là pour une répa¬ration, un aménagement, un accident. Le bureau des ingénieux, qui n'a pas encore été retrouvé par les archéologues, était l'endroit le mieux gardé de la mine, Dans ce local les ingénieux entreposaient les plans et les modes d'emploi de tous les pièges, chausse-trappes et systèmes de sécurité des galeries et des aires de stockage. On dit qu'à l'époque il était impossible de survivre dans certains corridors plus d'une heure sans l'aide d'un ingénieux pour déverrouiller les alarmes et les pièges. Mais une fois les embûches repérées et déjouées, encore fal¬lait-il ne pas se perdre.
Cartographie du labyrinthe La cartographie du complexe souterrain est un art difficile, apanage des chemineux. Après deux ans d'études théoriques et cinq ans de stages passés à explorer de fond en comble les galeries, les chemineux obtenaient un poste de guide-cartographe. Basés à la Bibliothèque, près de !a porte centrale de la nef, ils peaufinaient inlassablement leurs plans et leurs coupes axonométriques des différents niveaux, recoin par recoin. Outre cette fonction de cartographe, ils avaient aussi comme tâche le sauvetage des équipes égarées. Pour cela ils utilisaient leurs familiers, des mulots aiguilleurs. Il y avait au niveau -2 un élevage de mulots exclusivement nourris de noisettes des bois de Grastagne. Dans la mine des points de ras¬semblement étaient aménagés tous les kilomètres de galerie : on y trouvait des vivres, des bougies, des couvertures et une belle quantité d'appât... des noisettes de Grastagne. Ainsi, même en cas de déboussolement général, on retrouvait toujours la trace d'un abri de secours, pourvu que l'on ait un mulot au nez subtil et à l'estomac creux. Chaque équipe de mineurs emportait avec elle dans une cage un de ces petits aiguilleurs, avec un collier et une longue laisse. Chaque mulot avait un matricule. Les rongeurs étaient distribués aux mineurs à chaque prise de service par un chemineux posté dans la nef avec un chariot de clapiers.
Les outils du succès Ah ! Sur votre droite, vous allez découvrir des hologrammes des outils magiques utilisés par nos ancêtres. Les originaux sont soit cachés quelque part dans ce dédale, soit... en lieu sûr. Les marteaux ravageurs étaient ensorcelés pour pulvériser plus efficacement la pierre. Les orks cherchaient toujours à nous les voler pour les utiliser lors des sièges. Les pioches éternelles avaient un tranchant si pointu et si affûté qu'aucun bloc ne résistait. Elles fendaient d'un seul coup, même faible, le marbre le plus dur. Très prisées des piqueurs d’élite, les pioches éternelles avaient toutes un nom et un anniversaire. Si on ne leur parlait pas gentiment ou si on oubliait leur anniversaire, elles devenaient lourdes au point d'être impossible à manier et revêtaient un aspect rouillé et émoussé. Enfin, ce dernier hologramme montre une brouette magique, "sans fond et forte du moyeu" comme disaient nos ancêtres. D'un encombrement réduit elle permettait de charger et de déplacer deux tonnes de minerai avec deux bons bras, dans un encombrement de seulement un demi-mètre cube. Lorsque la mine fut pillée, en 764, un important butin fut dérobé par quatre aventuriers avec seulement deux des six brouettes magiques recensées à ce jour. Les claustrophobes peuvent prendre l'ascenseur situé à votre gauche. Il les conduira à nouveau dans la première nef de stockage où ils pourront admirer d'autres maquettes holographiques en attendant notre retour. Maintenant suivez-moi, nous descendons dans les strates inférieures. Sur votre droite, un accès typique, avec une salle de repos et un poste de garde reconstitués.... Nous allons prendre à gauche...
L’exploitation des ressources À chaque métal, à chaque cristal, sa technique d'exploitation et son protocole de surveillance. Des soldats en arme surveillaient les filons d'or et d'argent, mais ce n'était pas le contrôle le plus strict, comparé aux prouesses techniques vicieuses des ingénieux. Laissez-moi vous brosser une rapi¬de typologie des mines et de leurs systèmes de sécurité. L'uranium, minerai "amusant" selon les dires des ancêtres, était utilisé pour forger des artefacts pour les mages les plus avertis. Un fantôme terrifiant, volontairement retenu prisonnier dans les galeries, dissuadait les téméraires de venir manipuler le curieux minerai pailleté. Pour les gisements de gemmes l'accès était restreint. Les mineurs travaillaient en pagnes et étaient contraints de mettre un bâillon scellé par les gardes afin de ne pas être tentés d'avaler une pierre de temps à autre. Os exploitait les fossiles végétaux (fougères, bois pétrifié) pour faire des matières premières pour le bâtiment. Coquilles et ossements fossiles étaient réservés à la fabrication d'armes et d'armures. Les rarissimes griffes de dragons étaient débitées en tranches dans le sens de la longueur, pour faire des lames recourbées. Il y avait aussi des sources de graphite, pour les pointes à écrire des scribes... ces filons étaient appelés à juste titre les mines de crayon. Enfin le soufre et le sel n'étaient pas l'objet d'une surveillance très méticuleuse. Nos ancêtres trouvaient le soufre puant et ne mangeaient pas très salé. Ils vendaient le soufre aux sorciers de passage ou l'utilisaient parfois pour des machines à feu (comme celles dont les ingénieux truffaient les galeries). Le sel, lui, faisait l'objet d'un commerce actif avec les humains. Il servait à de nombreux dons et offrandes, mais ils l'utilisaient aussi pour rendre stérile la terre des vaincus en le déversant en grande quantité dans les champs. Ainsi, par le simple commerce de gros volumes de sel nos ancêtres s'assuraient-ils des relations diplomatiques avec tous les rois du continent.
Les meilleurs amis du mineur Différents animaux furent utilisés par les pre¬miers prospecteurs pour repérer les filons : des taupes flaireuses de gemmes, des piverts caverni¬coles pour trouver le bois fossile et l'ivoire de mastodonte, des lapins-carapaces creusant leurs terriers là où il y a du cuivre ou de l'étain... Ces méthodes archaïques font sourire. Par la suite les techniques naines s'affinèrent Les ingénieux mirent au point des foreuses et des vrilles mues par des engrenages reliés à une machine géothermique. Après une expérience de tapis roulants peu concluante, l'évacuation des gravats se fit par wagons suspendus et vis sans fin. L'utilisation de champignons acides, de vers dévoreurs de craie, de lichens anti-granite permettait de diminuer les volumes à remonter à la surface. Le comblement des galeries obsolètes était aussi un recours commun. Dans la zone dévolue à la recherche de l'or des canalisations apportaient de l'eau de source jusqu'au minerai concassé par des broyeurs. La boue obtenue subissait un filtrage pour récupérer les pépites. Elle passait dans des bacs chemisés de fourrure de rhinocéros laineux qui capturaient les paillettes au passage, il fallait donc partir à la chasse, loin au nord.,. La ventilation servait à éviter l'humidité et les "explosions" dues à des concentrations en gaz. Des roues où galopaient des chiens dopés aux herbes magiques entraînaient des pales qui brassaient l'air à tous les étages, près des ascenseurs. Il était important d'extraire l'humidité des galeries car on y stockait le minerai et aussi des métaux raffinés, donc sensibles à la corrosion. Et l'éclairage me direz-vous ? Certes, aujourd'hui nous sillonnons cette mine à la lueur des projecteurs, mais autrefois ? Les élevages de lucioles ne suffisaient pas ; nos ancêtres entreposaient dans un puits leurs détritus. La fermentation produisait un gaz nauséabond, inflammable mais non détonant. Les niveaux supérieurs étaient ainsi éclairés par des tuyaux recourbés où brûlaient des flammes bleues. Les niveaux inférieurs, moins bien ventilés et difficiles à alimenter en gaz devaient se contenter de torches et de champignons lumineux....
Une cellule sous la montagne Nous sommes maintenant parvenus au plus bas niveau ouvert à la visite. Sous vos pieds l'exploitation minière continue pendant encore deux cents mètres. Vers la droite, au bout de ce puits, se trouvait la prison. Le Conseil avait décidé que cette aile abandonnée serait utilisée comme centre carcéral. Le plus profond des niveaux avait été patiemment rendu étanche. Un seul passage, en forme de siphon, permettait d'y accéder. Les deux étages supérieurs avaient été volontairement inondés par un détournement des tuyaux d'évacuation de la mine d'or. Les pires criminels étaient détenus sous vingt mètres de pierre et d'eau saumâtre et gardés par une escouade de trente nains, postés au boyau d'accès. Dans ces sombres geôles, je n'ose vous dire ce que l'on trouvait. Seuls quelques archéologues ont rapidement prospecté les lieux... et retrouvé d'inquiétants ossements, il n'y avait pas que des meurtriers nains dans ces galeries oubliées.
N’oubliez pas le guide L'ascenseur que voici va nous remonter à la surface. J'espère que ce périple souterrain dans Dar Ragaskar vous a plu. En sortant, vous trouve¬rez sur votre droite la cafétéria et la boutique qui propose des répliques d'outils sacrés, des gemmes et des fossiles.
Article de David Glomot paru dans Multimondes n°7 (février-mars 2000) _________________ Le temps des mortels touche à sa fin... |
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