 Le Nain
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Xathos Maître Erudit


  Age : 28 Inscrit le : 21 Mai 2005 Messages : 1310 Localisation : Quelque part sur le Vieux Monde Emploi : Dilettante Loisirs : Manipuler, intriguer, comploter Feuille de personnage Nom: Race: Expérience:
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| Sujet: La première encoche Mer 3 Aoû - 22:08 | |
| « Vous avez tout ? » demanda le jeune nain trapu, en frottant sa main sur ses joues et son menton encore imberbes. Khardrin et Yorik, deux nains de moindre stature, hochèrent la tête et se débarrassèrent de leurs grands sacs. Quand les paquets heurtèrent le sol de pierre, un son métallique résonna dans la paix des cavernes profondes. « Silence, voulez-vous ! » aboya Feldegar, le quatrième membre de la conspiration. «Garumn aurait nos têtes s'il savait ! - Garumn le saura bien quand nous l'aurons fait, » dit Bruenor, le nain trapu, avec un clin d'œil rusé et un sourire qui apaisa la tension soudaine. « Maintenant, sortez-les. Pas de temps à perdre ! » Khardrin et Yorik entreprirent de pêcher dans les sacs des pièces d'armure et des armes. « A toi la chope écumante, » dit fièrement Khardrin en tendant à Bruenor un bouclier étincelant. « Le propre bouclier de mon père ! » rit Bruenor, admirant la discrétion et le courage dont faisaient preuve ses cousins plus jeunes. Il passa à son bras le lourd bouclier et prit la hache nouvellement façonnée qu'il avait apportée. Avec un sérieux subit, il se demanda s'il était digne de porter le bouclier arborant le blason de la chope écumante, emblème du Clan Marteau-de-Guerre. Il avait dépassé le milieu de sa troisième décennie et approchait de la trentaine, mais se sentait encore un enfant quand il pensait à son visage imberbe, où pas un poil ne pointait. Il se détourna pour dissimuler qu'il rougissait. « Quatre équipements ? dit Feldegar, regardant les armes amoncelées. Ah non ! Vous deux, vous allez rester. Vous êtes trop jeunes pour ce combat ! » Khardrin et Yorik jetèrent un regard désespéré à Bruenor. La remarque de Feldegar était sensée, Bruenor le savait, mais il ne pouvait ignorer le découragement qui se peignait sur le visage de ses cousins, ni la peine qu'ils avaient prise à les amener tous aussi loin. « Nous aurons besoin de quatre équipements, » dit-il au bout d'un moment. Feldegar lui lança un coup d'œil irrité. « Yorik vient avec nous, » lui dit Bruenor, l'affrontant du regard. « Mais j'ai un travail plus important pour Khardrin. » II adressa un clin d'œil au plus jeune d'entre eux. « II faut fermer et verrouiller derrière nous, expliqua-t-il. Nous avons besoin d'un garde qui puisse ouvrir rapidement la porte, et qui soit encore plus vif avec sa langue. Tu es le seul d'entre nous assez sournois pour éluder les questions de tous ceux qui pourraient traîner par ici. Tu penses pouvoir t'en tirer ? » Khardrin hocha la tête avec tout l'enthousiasme dont il était capable. Il se sentait de nou¬veau important, même s'il aurait préféré continuer. Mais Feldegar n'était pas apaisé. « Yorik est trop jeune, grogna-t-il à Bruenor. - C'est ton opinion, pas la mienne, rétorqua Bruenor. - C'est moi qui commande ! cracha Feldegar. - Bruenor commande, » dirent ensemble Yorik et Khardrin. Le regard de Feldegar se fit menaçant. « Son grand-père est le roi, » raisonna Khardrin. Feldegar pointa le menton en avant. « Vous voyez ça ? demanda-t-il, montrant les touffes de poils sur son visage. Des moustaches ! C'est moi qui commande ! - Ah, tu n'es pas plus vieux que Bruenor, dit Yorik. Et lui, c'est un Marteau-de-Guerre, en deuxième position pour la succession au trône. Et les Marteau-de-Guerre gouvernent à Mithril Hall ! - Ce tunnel n'est pas encore revendiqué, dit Feldegar en grimaçant. Il est en-dehors de Mithril Hall, et au-delà du domaine de Garumn. Là-bas, ce sont ceux qui portent une barbe qui commandent. » Bruenor rejeta le commentaire d'un haussement d'épaules, malgré cette nouvelle allusion à son visage imberbe. Conscient des dangers et de l'audace de leur entreprise, il ne tenait pas à la voir compromise pour un titre qui n'aurait guère de sens une fois la bagarre commencée. «Tu as raison, Feldegar, concéda-t-il, devant ses cousins étonnés et déçus. Dans le tunnel, tu auras le commandement. Mais pour autant que je sache, nous sommes toujours à Mithril Hall, et mes ordres n'ont pas changé. Khardrin monte la garde à la porte et Yorik vient avec nous. » Malgré sa bravade, Feldegar était assez malin pour faire une concession afin d'en obtenir une. Il pouvait renifler, brailler et mettre en avant toute la barbe qu'il voulait - si Bruenor s'opposait à lui, il le savait, personne ne le suivrait, « Alors au travail, » grogna-t-il, et il fît glisser la barre de métal qui fermait la lourde porte de pierre. Bruenor saisit l'anneau de fer de la porte, reconsidérant (et pas pour la première fois) le chemin qu'il allait suivre. Des cinq nains adultes qui étaient récemment descendus explorer ce tunnel, un seul était revenu, et son récit avait fait frissonner l'échiné des plus intrépides guerriers du Clan Marteau-de-Guerre. Et, à présent, Bruenor et ses amis, dont aucun n'était assez âgé pour être compté parmi ces guerriers, avaient pris sur eux de nettoyer le tunnel et de venger leurs parents. En grognant, Bruenor réprima un frisson et poussa la porte ouverte, qui se rabattit en libérant une bouffée d'air vicié venu de l'autre côté. Les ténèbres menaçantes étaient devant eux. Ils avaient vécu sous terre toute leur vie, les tunnels étaient leur demeure, mais celui-ci semblait encore plus sombre que les autres, et son atmosphère épaisse pesait sur eux, oppressante. Feldegar prit une torche à une applique murale ; la lumière entamait à peine les profondeurs du tunnel. « Attends que nous soyons hors de vue, dit-il à Khardrin, puis barre la porte ! Trois coups, suivis de deux, signifient que nous sommes de retour. » II affermit son courage et entraîna ses compagnons en avant. Pour la première fois, Khardrin était réellement heureux qu'on le laisse en arrière.
La lumière de la torche parut vraiment dérisoire quand la porte de pierre résonna en se refermant derrière eux. De gros galets et des rochers les faisaient trébucher, les forçant à jouer des pieds et des mains ; des stalactites pendaient du plafond bas, et des arcs-boutants de roc déterminaient une succession de coudes sans visibilité, dont chacun pouvait cacher un monstre prêt à bondir sur le petit groupe. Yorik avait emporté une bonne provision de torches, mais quand la seconde fut consumée et que la troisième se mit à baisser, la tension commença à entamer leur résolution. Ils trouvèrent une pierre plate en guise de siège et firent leur première halte. « Au diable tout ça ! » gronda Feldegar contrarié, en frottant son pied endolori. « Trois heures de passées, et pas la moindre trace de la chose immonde ! J'ai des doutes sur cette histoire. - Alors tu ne raisonnes pas droit, dit Yorik. C'est un ettin qui a emporté les quatre membres de la première expédition, il n'y a pas à en douter !, - Faites moins de bruit en agitant vos langues, les réprimanda Bruenor. Si la torche n'y suffisait pas, l'écho de vos paroles nous ferait sûrement repérer ! - Bah ! aboya Feldegar. Si ton père était vraiment un prince, il serait venu ici, dans les profondeurs, et il aurait exterminé la créature comme il faut ! » Les yeux de Bruenor s'étrécirent dangereusement. Mais il secoua la tête et s'éloigna de quelques pas. Il n'avait pas l'intention d'entrer dans une discussion de ce genre. Pas ici, pas maintenant. - Et que l'ettin n'y sera plus ? » S'ils s'étaient trouvés à Mithril Hall, cette insulte aurait coûté quelques dents à Feldegar, mais Bruenor choisit de l'ignorer. Il savait que son père, Bangor, et le Roi Garumn avaient bien agi en scellant le tunnel d'une lourde porte jusqu'à ce qu'ils puissent consacrer toute leur énergie à combattre la chose. Le moindre ettin est un formidable adversaire, un géant à deux têtes plus à l'aise dans le noir que n'importe quel nain. Quand on s'attaque à l'un d'eux, mieux vaut ne montrer ni hâte, ni négligence. De plus, Bruenor n'avait que deux compagnons qui, ni l'un ni l'autre, n'avaient subi l'épreuve d'un vrai combat. A nouveau, Bruenor lutta contre sa peur, se rappelant qu'il était un prince des nains. Ils avaient passé des heures innombrables à s'entraîner, lui et ses amis. Leurs jeunes mains maniaient les armes avec aisance, et ils connaissaient toutes les tactiques. « Venez, continuons, grommela obstinément Bruenor en ramassant la torche. - Je déciderai quand nous partirons, objecta Feldegar. C'est moi qui commande. » Bruenor jeta la torche dans sa direction. « Alors commande ! »
« Des nains ! Des nains ! » piailla joyeusement Arsouille. « Yen a trois ! - Chut ! » Face-de-Crapaud le jeta à terre. « Cinq contre trois. Et nous les voyons, mais ils ne nous voient pas. » Un sourire mauvais s'étendit sur le large visage du gobelin. Il avait quitté la cité où vivaient ses semblables et descendu ce tunnel obscur pour piller le repaire de l'ettin ; cependant, Face-de-Crapaud ne se réjouissait pas vraiment d'approcher la chose. Les gobelins étaient revenus moins d'une fois sur deux de ce genre d'expéditions. Mais peut-être Face-de-Crapaud avait-il trouvé une échappatoire. Le roi des gobelins ne serait-il pas pleinement satisfait s'il lui apportait les têtes de trois nains détestés ? La torche n'était encore qu'un point de lumière, loin dans le tunnel en face d'eux, mais elle se déplaçait à nouveau. Face-de-Crapaud rejoignit le plus grand de ses compagnons. « Le tunnel annexe, ordonna-t-il. Attrape-les quand ils passeront devant. Nous les attaquerons de front. » Ils repartirent lentement et en silence, sur la pointe des pieds, chacun se réjouissant que les nains utilisent des torches. Et pas les gobelins. Le tunnel s'était élargi : dix nains auraient pu y marcher de front. Et le plafond s'élevait. «Assez haut pour un géant, » observa Bruenor, sinistre. Les trois compagnons progressaient dans la formation de chasse classique de leur peuple. Feldegar marchait au milieu du passage avec la torche, tandis que Bruenor et Yorik, chacun d'un côté, se glissaient d'ombre en ombre. Alors que Feldegar réglait leur allure, les deux autres gardaient le dos au mur, regardant à peine où ils allaient. Dans cette formation, Bruenor devait veiller sur Yorik, et Yorik sur Bruenor, chacun utilisant l'avantage de l'angle pour surveiller le mur en avant de son compagnon. Ce fut donc Bruenor, à la gauche de Feldegar, qui remarqua le premier un passage latéral s'ouvrant dans le mur de droite. Il fit signe à ses compagnons méfiants et attendit avec Feldegar que Yorik gagne une position stratégique, derrière une pierre opportunément placée en saillie, à l'angle de la galerie secondaire. Puis Bruenor et Feldegar se mirent à descendre le tunnel droit devant eux, faisant mine de ne pas remarquer le nouveau passage. L'attaque attendue se déclencha alors qu'ils passaient devant la bouche du tunnel, mais n'avaient pas encore franchi la moitié de sa largeur. Yorik fit un croc-en-jambe au grand gobelin qui se ruait sur eux, puis plongea derrière son adversaire en roulant sur lui-même, l'achevant d'un coup de marteau sur la nuque alors qu'il tentait de se relever. Droit devant, dans le couloir principal, les autres gobelins mugirent et chargèrent, lançant leurs javelots en pleine course. Bruenor avança à son tour et traversa derrière Feldegar. Il vit le premier javelot apparaître dans la lumière de la torche, lancé droit sur son jeune cousin, et plongea tête la première devant Yorik. De son bouclier, il détourna habilement le projectile. Puis il continua à rouler jusqu'à se trouver à couvert, derrière la pierre en saillie à l'angle du passage latéral. Feldegar n'hésita pas. Comprenant que la menace principale se trouvait vers l'avant, il jeta sa torche devant lui et amena son arbalète en position de tir. Horrifiés de se trouver soudain dans une sphère de lumière révélatrice, les gobelins poussèrent des cris aigus et trébuchèrent dans l'ombre, plongeant derrière des rochers ou des stalagmites. Le trait de Feldegar en frappa un en plein cœur. « Maudits nains, soupira Arsouille en rampant vers Face-de-Crapaud. Ils savaient qu'on était là ! » Face-de-Crapaud repoussa le petit gobelin derrière lui et considéra la situation. Il avait un dilemme à résoudre. « On fuit ? » demanda Arsouille. Face-de-Crapaud secoua la tête avec colère. En temps normal, il aurait choisi la retraite, mais il savait que cette option ne leur était pas offerte. « Le roi nous tordra le cou si nous revenons les mains vides, » siffla-t-il au petit gobelin. « Comment ça va ? chuchota Feldegar à Bruenor, depuis un renfoncement dans l'autre mur du tunnel principal. - Yorik en a eu un, » répondit Bruenor. Yorik rampa en grognant pour le rejoindre derrière le rocher saillant. Un second javelot avait trouvé la hanche du jeune nain. « Mais il a été blessé ! ajouta le prince d'une voix qu'il espérait que seul Feldegar pouvait entendre. - Je peux combattre, insista Yorik, à voix haute. - Merveilleux, » murmura Feldegar pour lui-même, en pensant qu'il s'était opposé à ce que le jeune nain les accompagne. Son ironie disparut, toutefois, quand il réalisa que Yorik, par son comportement lors de l'embuscade, lui avait probablement sauvé la vie. « Combien en as-tu compté ? appela Bruenor. — Quatre droit devant, répondit Feldegar, Mais l'un d'eux n'a plus le cœur de combattre, ajouta-t-il avec un sinistre rire étouffé. — Trois contre trois, alors, maudits nains ! » leur hurla Face-de-Crapaud. Feldegar décocha un second carreau en direction de la voix. Un sourire se peignit sur ses lèvres quand il vit le projectile ricocher dans une gerbe d'étincelles à un pouce à peine du grand nez du gobelin. « Maudits nains ! » Bruenor était occupé à panser la vilaine blessure de son jeune cousin. Pendant ce temps, Yorik, toujours vaillant, tira son briquet à silex et ses torches, et les jeta allumées dans le tun¬nel pour neutraliser l'avantage que les ténèbres donnaient aux gobelins. Puis ils attendirent tandis que de longues minutes s'écoulaient, chaque camp cherchant un moyen de mettre fin au pat pour se précipiter sur ses adversaires. « Ne gaspille pas les torches, chuchota Bruenor à Yorik. Il se pourrait que nous restions ici un moment. » II savait que le temps jouait en faveur des gobelins. Les nains pouvaient se déplacer dans l'obscurité, mais passaient l'essentiel de leur existence dans des tunnels éclairés par des torches. Les gobelins, par contre, ne connaissaient que les ténèbres absolues de pro¬fondes cavernes. Quand la lumière faiblirait, leurs adversaires frapperaient. « Combien de sales lumières avez-vous, maudits nains ? » se gaussa Face-de-Crapaud, qui semblait bien être arrivé aux mêmes conclusions. « Ferme-la ! » rugit Feldegar et, pour faire valoir son point de vue, il envoya un autre carreau ricocher sur la pierre. _________________ Le temps des mortels touche à sa fin... |
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| Sujet: Re: La première encoche Mer 3 Aoû - 22:08 | |
| Bruenor considéra son jeune cousin et songea à battre en retraite. Mais cela semblait impossible : de toute évidence, Yorik était incapable de courir. Même s'ils parvenaient à filer sans se faire remarquer, les gobelins les auraient vite rejoints. Bruenor entrevit une faible possibilité. Peut-être était-il assez loin de la lumière. S'il parvenait à dépasser l'angle de la pierre saillante pour se faufiler dans les ombres de la galerie latérale, il pourrait revenir dans le tun¬nel principal juste devant la position des gobelins, trop près pour qu'ils puissent lancer leurs javelots. « Attends ici et tiens-toi prêt, » souffla-t-il à Yorik. Le jeune nain hocha la tête, empoigna son marteau et ramena sa jambe valide sous lui pour qu'elle le propulse en avant quand le moment de la bataille serait venu. Bruenor entreprit de contourner le rocher en rampant sur le ventre, mais son sang se figea quand il entendit l'appel de Face-de-Crapaud. « La lumière meurt, maudits nains, » dit le gobelin, provoquant ses adversaires dans l'es¬poir de les pousser à s'enfuir. Finalement, il estimait que piller la tanière d'un ettin était moins dangereux que de combattre des nains à un contre un. Bruenor soupira quand il fut certain de ne pas avoir été vu. Il quitta le couloir principal pour se couler dans le passage latéral. Jusqu'ici, tout allait bien. Ce second tunnel s'interrompait au bout de quelques pas et débouchait dans les ténèbres d'une salle immense. Bruenor ne pouvait qu'en deviner les dimensions, mais il comprit soudain ce qu'elles impliquaient quand un souvenir lui revint en mémoire : le survivant de la première expédition avait mentionné un passage latéral dans son terrifiant récit. Et si les gobelins étaient venus le long du tunnel principal dans un sens, et ses amis et lui dans l'autre... « II est temps de..., dit une voix profonde, sortant des profondeurs de la galerie secondaire. - .. .déjeuner, répondit une autre. - Damnation ! » cracha Bruenor ; et il rejoignit furtivement Yorik. « Ettin ? » interrogea ce dernier pour la forme - car il avait lui aussi entendu les voix. «Qu'attendons-nous, Bruenor ? appela doucement Feldegar de l'autre côté du tunnel. Les torches vont s'éteindre. « L'heure..., » lui répondit l'une des têtes géantes. - ... du déjeuner ! grogna l'autre. - P… » s'écria Face-de-Crapaud, plus bas dans le couloir. Bruenor savait que le combat avec les gobelins touchait à sa fin. Ils fuiraient à l'approche de l'ettin, et les nains seraient sages de les imiter. Mais que faire de Yorik ? Bruenor se rac¬crocha à un plan désespéré. « Tiens ton arbalète prête, lança-t-il à Feldegar. Et Yorik et moi en faisons autant, » mentit-il, car ni Yorik, ni lui n'avaient d'arbalètes. « Les gobelins ne resteront pas quand l'ettin arrivera ; tire-leur dans le dos lorsqu'ils s'enfuiront. » Feldegar comprit le raisonnement. « Oh, je tiens mon gobelin bien en joue, et je suis prêt, » ricana-t-il, sarcastique. Il savait que sa cible précédente était le chef et voulait que le grand gobelin comprenne parfaitement la menace. « Je vois des lumières ! gronda l'ettin. - Ce sont des lumières ! se répondit-il. - Attendez, maudits nains ! s'écria Face-de-Crapaud. Les nains ne sont pas faits pour combattre un deux-têtes ! - Un marché, alors ? offrit Bruenor. - Dis toujours, répondit le gobelin. - Une trêve. - Et nous fuyons ? - Pas pour fuir, grogna Bruenor. Pour attaquer ! - Un deux-têtes ? couina Face-de-Crapaud. - Cours, alors, et reçois mon carreau dans le dos ! » lui rappela Feldegar. Pris au piège, Face-de-Crapaud sortit de son recoin, amer, et alla jusqu'à l'angle du passage latéral, en face de Yorik et de Bruenor. Ce dernier contourna la pierre saillante pour faire face au gobelin. « Toi et moi, nous allons lui faire un croche-pied, » chuchota le prince imberbe à Face-de-Crapaud. « Appâte-le, » lança-t-il tranquillement à Feldegar. Comprenant le plan, celui-ci se déplaçait déjà. Il s'adossa au mur juste en face de l'entrée du passage latéral, prêt à affronter le monstre qui approchait. Face-de-Crapaud disposa ses guerriers de la même manière, et Arsouille entra, l'air dégoûté, dans l'espace dégagé près de Feldegar. Mais le dernier gobelin, terrifié, s'enfuit en courant dans les ténèbres du couloir. Feldegar leva son arbalète en grondant. « Attends ! intervint Bruenor. Laisse fuir ce misérable rat. Nous avons un combat plus important à mener ! » Feldegar grogna encore et lança un coup d'œil coléreux à Arsouille, qui recula. « Reste à ton poste ! » aboya le nain. Il ramena d'une gifle la pointe du javelot du gobelin vers le passage latéral. « Et fais en sorte que ton jet porte ! — Jambe gauche, jambe droite ? » dit Bruenor à Face-de-Crapaud. Le grand gobelin hocha la tête, bien qu'il ne fût pas certain de savoir distinguer l'une de l'autre. Dans le passage retentit le bruit d'un pas lourd. Puis d'un autre. Bruenor se tendit, retenant son souffle. Les ettins atteignaient une taille respectable dans cette partie des Royaumes, et celui-ci était grand, même selon la norme de sa race. Il mesurait bien quinze pieds, et son tour de taille emplissait presque le couloir. Même l'intrépide Feldegar soupira quand il l'aperçut et qu'il vit plus nettement les massues hérissées de pointes cruelles que le monstre tenait dans chacune de ses mains gigantesques. « Gobelin ! hurla l'une des têtes de l'ettin. - Viande de nain ! siffla l'autre. - Gobelin ! discuta la première. - Gobelin, toujours du gobelin ! se plaignit la seconde. Je veux de la viande de nain ! » L'ettin hésita juste un instant, laissant à Feldegar l'occasion de mettre fin à cette stupide querelle intestine. L'arbalète du nain frémit, le carreau pénétra cruellement dans les côtes de l'ettin. Le géant affamé considéra le nabot impudent. Ses deux têtes souriaient. « De la viande de nain ! » grondèrent-elles ensemble et l'ettin se rua en avant. Une grande enjambée l'amena dans le couloir principal. C'est Face-de-Crapaud qui donna le coup suivant. Il bondit sur la jambe de l'ettin, la mor¬dant et frappant de sa petite épée sur les puissants muscles du mollet. L'une des têtes de l'ettin lui jeta un coup d'œil curieux, voire amusé. Le plat de la hache de Bruenor s'abattit au moment exact où la seconde jambe entra dans le couloir principal. Le nain avait parfaitement visé et la force de son coup s'avéra suffisante pour fracasser la rotule de l'ettin. Le géant poussa un hurlement et tituba en avant ; soudain, il ne s'amusait plus du tout. Tandis que la créature le dépassait en trébuchant, Bruenor acheva son habile manœuvre. Il renversa sa prise, décrivant un cercle complet, et le bord tranchant de sa hache frappa derrière la jambe du géant, à l'endroit précis où le tendon du jarret rejoignait le genou. La jambe se déjeta et l'ettin tomba en avant, ensevelissant sous lui Face-de-Crapaud. Puis vint une seconde décharge acérée : Feldegar avait lancé un autre carreau et Arsouille l'un de ses javelots. Mais ils étaient loin d'en avoir fini avec l'ettin, dont les grondements exprimaient plus la colère que la souffrance tandis qu'il se hissait sur ses bras formidables. Pour ne pas être en reste, Yorik jaillit de sa cachette et dépassa Bruenor au pas de course en faisant tournoyer son marteau. Mais sa jambe se déroba sous lui avant qu'il ne fût assez près pour se battre efficacement ; et l'ettin, qui cherchait autour de lui ce qui avait brisé son genou, vit venir le nain. D'un seul geste, le géant frappa le petit marteau de Yorik, détournant l'attaque avec aisance, et leva sa massue pour un coup qui aurait certainement aplati le nain prostré. Sans Bruenor. Fidèle à son héritage de bravoure et de noblesse, le jeune et robuste Marteau-de-Guerre n'hésita pas. Il escalada le dos du géant couché sur le ventre et, avec chaque once de puissance qu'il pouvait rassembler, avec chaque muscle claquant en accord, il planta sa hache dans la nuque gauche de l'ettin. L'arme vibra tandis qu'elle s'enfonçait dans le crâne épais, Bruenor sentit ses bras le picoter et s'engourdir, et un craquement affreux résonna par les galeries. Yorik laissa échapper un soupir de soulagement audible, alors que les yeux du géant s'entrecroisaient et que sa langue glissait mollement hors de sa bouche. La moitié de la chose était morte. Mais l'autre moitié combattait avec fureur, et l'ettin réussit enfin à porter un premier coup. Repliant sa jambe valide sous lui (et raclant contre la pierre le visage du pauvre Face-de-Crapaud), il se fendit en avant avec sauvagerie. Sa massue décrivit un large arc de cercle vers Feldegar et Arsouille. En vérité, le nain sauva la vie du petit gobelin (même si Fefdegar devait le nier jusqu'à la fin de ses jours), car saisissant Arsouille à l'épaule, il le projeta vers l'ettin, à l'intérieur de l'angle du coup. Puis Feldegar plongea de côté, recevant dans l'épaule la massue du monstre, mais roulant sur lui-même grâce à son élan. Etendu sans défense sur le dos, Arsouille ferma les yeux et appuya contre le sol l'extrémité de son javelot. Mais l'ettin remarqua à peine le petit gobelin. Toute son attention était concentrée sur Feldegar. Celui-ci, qui avait roulé vers la droite, se tenait à présent à genoux, son arbalète prête à décocher un autre carreau. L'ettin baissa la tête par réflexe en entendant le « touing » de la corde libérée... ... Et empala son œil sur le javelot d'Arsouille. Ce dernier poussa un cri de terreur aigu et s'enfuit en trébuchant, mais la bataille était déjà finie. Avec un ultime frémissement, l'ettin retomba, mort. Meurtri et moulu, Face-de-Crapaud parvint finalement à se dégager de la jambe géante. Feldegar se précipita vers Yorik. Et Bruenor, qui s'était accroché au dos du géant d'un bout à l'autre du combat, se tenait à présent sur l'épaule du cadavre, surpris par la force et la sécheresse de son propre coup et regardant fixement, incrédule, la première encoche qu'il avait faite dans la lame de sa nouvelle hache. Ils se regroupèrent finalement, les nains d'un côté de l'ettin et les gobelins de l'autre. «Maudits nains ! » siffla Arsouille, croyant à tort que Feldegar l'avait jeté en sacrifice au monstre. Il se calma et s'effondra comme une masse à côté de son chef quand son nez se retrouva dans la ligne de mire de l'arbalète de Feldegar. Bruenor fixa son compagnon. « La trêve, » lui rappela-t-il d'une voix sévère. Feldegar tenait beaucoup à régler ses comptes avec les infortunés gobelins, mais il céda sur ce point. Il avait observé le coup impressionnant de Bruenor et n'éprouvait aucun désir de contrecarrer le jeune héritier au trône de Mithril Hall. Bruenor et Face-de-Crapaud se regardèrent avec incertitude. Ils s'étaient alliés par nécessité, mais la haine entre nains et gobelins était un principe de base de leur existence même. Certainement, aucune confiance, aucune amitié ne naîtraient de cette rencontre. « Nous vous laissons partir, » dit enfin Face-de-Crapaud, essayant de retrouver un peu de dignité. Mais il ne voulait rien devoir aux nains. A trois contre deux, ces derniers avaient l'avantage du nombre - et, à présent, le gobelin réalisait lui aussi la force du nain imberbe. Le sourire de Bruenor promettait la mort, et à ce moment il n'avait qu'une envie : bondir par-dessus l'ettin et réduire l'immonde gobelin au silence éternel. Mais il lui faudrait gouverner un jour le clan Marteau-de-Guerre, et son père lui avait bien enseigné l'ordre des devoirs. L'honneur avant la colère. « Nous partageons le trophée et nous partons ? » dit-il à Face-de-Crapaud. Celui-ci considéra la proposition et pensa qu'une tête d'ettin et des renseignements sur les nains seraient un merveilleux cadeau pour le roi des gobelins (il ignorait, cependant, que le souverain savait déjà tout des nains, et trouvait magnifique qu'un ettin montât la garde à leurs portes, servant les intérêts des gobelins sans même en avoir conscience). « Tête gauche, tête droite ? » offrit Bruenor. Face-de-Crapaud hocha la tête, bien qu'il ne fût pas certain de savoir distinguer l'une de l'autre.
Nouvelle de R.A. Salvatore parue dans dragon magazine n°11 (mai juin 1993) Traduction de Roland C. wagner _________________ Le temps des mortels touche à sa fin... |
|  | | citabogue Altrommi


Inscrit le : 13 Juil 2005 Messages : 141 Localisation : Altdorf, Vieux Mionde de WH Emploi : Clerc, répurgateur Loisirs : Tuer le chaos
| Sujet: Re: La première encoche Jeu 4 Aoû - 1:04 | |
| Hey!!!!!! C bin trop long à lire sa...arrete _________________ Que Khaine soit banni ainsi que ses adeptes. Répurgons le chaos par la force de l'union!!! |
|  | | Xathos Maître Erudit


  Age : 28 Inscrit le : 21 Mai 2005 Messages : 1310 Localisation : Quelque part sur le Vieux Monde Emploi : Dilettante Loisirs : Manipuler, intriguer, comploter Feuille de personnage Nom: Race: Expérience:
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| Sujet: Re: La première encoche Jeu 4 Aoû - 8:42 | |
| C'est une nouvelle, je peux difficilement faire plus court à moins de la tronquer... D'ailleurs je ne vois pas où est le problème. Si elle est trop longue ou inintéressante pour toi, tu n'as qu'à pas la lire. Il y a beaucoup d'autres posts tout aussi intéressant et beaucoup plus court partout sur le forum. Enjoy!!!! =knight _________________ Le temps des mortels touche à sa fin... |
|  | | Hall Brise Flamme Denbarg Maître Erudit


Inscrit le : 11 Mai 2005 Messages : 473 Localisation : bouhhouhouh ! (l'Oise) Emploi : animateur point cyb Loisirs : JDR !
| Sujet: Re: La première encoche Jeu 4 Aoû - 9:12 | |
| oula ! pas de baston ! sinon sa va saigner !
lol
Je me demande si je ne ferais pas une partie spéciale nouvelle, recueil d'histoire etc...
L'avantage de ces longs textes Citabogue, c'est que cela peut : - donner envie à des internautes de s'essayer au JDR - donner envie de s'inscrire au forum - donner l'envie à d'autre d'écrire des nouvelles voir même des romans.. - donner au MJ en manque d'inspiration des idées de scénar, de background sur warhammer...
Donc une fois encore merci Xathos pour ta contribution !
Mais je peux te comprendre Citabogue cela peut faire peur... _________________ Hall "BriseFlamme" Denbarg, Que Grimnir pourfande tes ennemis et terrasse leurs amis ! Tout comme la bierre coule à flot, et jamais vide le pot ! |
|  | | Xathos Maître Erudit


  Age : 28 Inscrit le : 21 Mai 2005 Messages : 1310 Localisation : Quelque part sur le Vieux Monde Emploi : Dilettante Loisirs : Manipuler, intriguer, comploter Feuille de personnage Nom: Race: Expérience:
   (150/150)
| Sujet: Re: La première encoche Jeu 4 Aoû - 15:51 | |
| Pas mieux!!!! Quel talent mon petit Hall!!! Je reviens à ce que tu disais à propos de la partie "nouvelle" sur le forum, pourquoi pas, mais est-ce qu'on ne devrait pas en créer une autres réservée à la création de Karak Dron (si le projet est toujours d'actualité...). j'ai déjà deux ou trois idées mais je ne sais pas trop où les mettre sur le forum pour le moment...  _________________ Le temps des mortels touche à sa fin... |
|  | | Dimzad Knublstubi


Inscrit le : 08 Juil 2005 Messages : 35
| Sujet: Re: La première encoche Jeu 4 Aoû - 16:02 | |
| ne vous étonner pas, il na jamais lu un livre de ça vie, sauf les livres pour l'ecole, et le volume de War hammer.. mais encore la, il ne la pas finin encore, et ça fait plus d'un ans et demi...
tk, l'important, c'est que Dimzad tue tout le monde...  _________________ Dimzad, rare survivant des terres de Valinador "Pourfend ton ennemi avant qu'il te massacre" La modération bière naine a bien meilleur goût ! |
|  | | Hall Brise Flamme Denbarg Maître Erudit


Inscrit le : 11 Mai 2005 Messages : 473 Localisation : bouhhouhouh ! (l'Oise) Emploi : animateur point cyb Loisirs : JDR !
| Sujet: Re: La première encoche Ven 5 Aoû - 11:02 | |
| Non mais pas de problème Dimzad, je suis content que Citabogue s'exprime et nous fasse part de son ressenti. Car je préfères et de loin, que vous vous exprimez de façon à faire bouger les choses (ici la création de nouvelle partie du forum).
Bonne idée Xathos je vais voir ce que je peut faire pour aménager une partie du forum pour en fair ela description de karak dron... _________________ Hall "BriseFlamme" Denbarg, Que Grimnir pourfande tes ennemis et terrasse leurs amis ! Tout comme la bierre coule à flot, et jamais vide le pot ! |
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